que ne doit pas faire une aesh

Que ne doit pas faire une AESH ? Liste complète

Vous êtes AESH (accompagnant d’élèves en situation de handicap) et vous vous demandez où s’arrête exactement votre rôle ? C’est normal. Sur le terrain, les demandes sont parfois floues, les urgences brouillent les pistes, et certains enseignants ou directions peuvent confondre votre fonction avec celle d’un assistant polyvalent.

Voici ce qu’une AESH ne doit jamais faire :

  • Ne jamais remplacer un enseignant, même 5 minutes
  • Ne pas évaluer, noter ou corriger les travaux des élèves
  • Ne pas effectuer de tâches administratives (photocopies, absences, classement)
  • Ne pas nettoyer ou entretenir les locaux
  • Ne pas surveiller des groupes d’élèves sans lien avec votre élève notifié
  • Ne pas accompagner des élèves qui ne figurent pas à votre notification
  • Ne pas réaliser de soins médicaux sans formation spécifique
  • Ne pas enseigner ou réexpliquer des concepts
  • Ne pas prendre de décisions disciplinaires

Ces interdictions ne sont pas des obstacles à votre travail : elles le définissent. Elles protègent aussi bien l’élève que vous-même et l’établissement. Découvrez dans cet article pourquoi ces limites existent, comment les respecter avec diplomatie, et comment gérer les demandes hors cadre.


Les missions officielles d’une AESH : ce que dit la loi

Avant de parler des interdits, il faut comprendre le cadre légal qui fonde votre rôle. La circulaire 2017-084 du 3 mai 2017 et le projet personnalisé de scolarisation (PPS) définissent précisément vos missions.

L’AESH est un professionnel de l’accompagnement et du soutien, pas un agent polyvalent. Vos missions officielles consistent à :

  • Faciliter l’accès aux apprentissages pour un élève en situation de handicap
  • Favoriser son autonomie dans la classe et dans l’établissement
  • Contribuer à son inclusion sociale et scolaire
  • Aider à la compréhension des consignes et à la réalisation des tâches
  • Adapter les supports pédagogiques sur demande du professeur (sans créer du contenu)
  • Mettre en place des stratégies de régulation émotionnelle prévues au PPS

Votre accompagnement est personnalisé et nominatif : vous travaillez pour un ou plusieurs élèves spécifiquement notifiés par la CDAPH (Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées). C’est ce qui vous différencie d’un assistant d’éducation ou d’un agent administratif.

Le texte de référence est clair : votre rôle vise à développer l’autonomie de l’élève, pas à le rendre dépendant. Cet objectif doit guider chacune de vos décisions.


Tâches interdites à une AESH : la liste complète

Entrons maintenant dans le détail des interdictions. Elles couvrent plusieurs domaines et méritent d’être expliquées, car chacune répond à des enjeux spécifiques.

Ne jamais remplacer un enseignant

C’est peut-être l’interdit le plus important, et pourtant le plus souvent transgressé. Vous ne pouvez en aucun cas prendre la place d’un professeur, même pour quelques minutes.

Cela signifie que vous ne devez :

  • Faire cours à la classe, même sur un sujet simple
  • Animer une activité pédagogique en tant qu’enseignant responsable
  • Corriger les copies ou les devoirs (vous pouvez lire et reformuler, pas évaluer)
  • Préparer des supports de cours ou des évaluations
  • Remplir les bulletins ou fiches de suivi de progrès
  • Prendre des décisions pédagogiques (progression, ajustement du programme, etc.)

Si un enseignant s’absente, l’établissement doit faire appel à un remplaçant agrégé ou à un professeur des écoles titulaire. Même en cas d’urgence ou de manque de ressources, cette règle ne change pas. Votre présence ne peut pas combler une absence d’enseignant.

Ne pas participer à l’évaluation des élèves

L’évaluation est la responsabilité exclusive de l’enseignant. Vous ne devez ni noter, ni corriger, ni juger le travail d’un élève.

En revanche, vous pouvez et devez :

  • Observer les progrès et l’autonomie de l’élève (sans porter jugement)
  • Partager ces observations avec l’enseignant en réunion de suivi
  • Participer aux réunions du PPS pour décrire les conditions de scolarisation
  • Aider l’élève à comprendre un énoncé ou une consigne (sans le corriger)

La distinction est subtile mais fondamentale : vous êtes un observateur et un facilitateur, pas un évaluateur.

Ne pas effectuer de tâches administratives

L’AESH n’est pas un agent administratif. Les tâches suivantes relèvent du personnel administratif ou de l’enseignant :

  • Photocopier des documents pour la classe
  • Saisir des notes ou des absences dans le logiciel de suivi
  • Classer des dossiers ou des documents
  • Répondre au téléphone du secrétariat
  • Préparer les cahiers d’appel
  • Organiser l’emploi du temps
  • Gérer les inscriptions ou les demandes de congé

Ces tâches détournent votre temps de votre mission première : accompagner votre élève. Si on vous les demande, c’est souvent parce que l’établissement manque de moyens administratifs, pas parce qu’elles font partie de votre rôle.

Ne pas faire de tâches d’entretien

Vous n’êtes pas un agent de nettoyage, un ATSEM (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) ni un personnel technique. Vous ne devez donc ni :

  • Nettoyer la classe ou les espaces communs
  • Ranger le matériel collectif après une activité
  • Laver du matériel scolaire
  • Vider les poubelles ou entretenir les toilettes
  • Désinfecter les surfaces

Ces responsabilités incombent aux agents d’entretien ou au personnel administratif. Si vous constatez un problème d’hygiène ou de maintenance, signalez-le à la direction.

Ne pas surveiller des groupes d’élèves

L’AESH ne remplace pas un assistant d’éducation ou un surveillant. Vous n’avez aucune mission de surveillance générale de :

  • La cour de récréation
  • La cantine
  • Les couloirs
  • L’étude
  • Les vestiaires

Vous pouvez accompagner votre élève notifié en ces lieux, mais vous ne prenez pas en charge la surveillance de groupes. Si vous êtes seul avec plusieurs enfants dont seul un est votre élève, c’est une situation à clarifier avec la direction.

Ne pas accompagner des élèves non notifiés

Votre notification CDAPH vous affecte à des élèves spécifiques. Vous ne pouvez pas en changer sans une décision formelle. Cela s’ajoute à la liste de vos missions : il vous est interdit de vous réaffecter vous-même.

Si votre élève est absent, vous restez à disposition de l’établissement, mais vous ne devez pas spontanément aider un autre enfant en le remplaçant. La décision doit venir du référent PIAL ou de la direction.

Ne pas réaliser de soins médicaux

C’est un domaine où les confusions sont fréquentes, notamment avec les familles. Vous n’êtes pas infirmier scolaire et vous n’avez pas compétence médicale.

Vous ne devez jamais :

  • Donner un médicament, même avec accord oral des parents
  • Désinfecter une plaie ou poser un pansement
  • Appliquer une crème dermatologique ou un produit médical
  • Réaliser un geste médical ou paramédical
  • Poser un diagnostic ou donner un conseil médical

Exception importante : les soins prévus au PAI (Projet d’Accueil Individualisé), comme l’administration d’un antihistaminique en cas d’allergie ou d’un médicament en cas d’épilepsie, sont possibles si vous avez reçu une formation adaptée et un protocole écrit. Mais c’est encadré et contractuel.

Ne pas enseigner ou réexpliquer des concepts

Il existe une frontière nette entre accompagner et enseigner. Vous accompagnez les apprentissages, vous ne les créez pas.

Vous pouvez :

  • Reformuler une consigne si l’élève ne l’a pas comprise
  • Lire à voix haute un texte ou un énoncé
  • Guider l’élève dans un exercice que l’enseignant a préparé
  • Utiliser des outils de régulation ou des aides techniques
  • Encourager et valoriser les efforts

Vous ne devez jamais :

  • Réexpliquer un concept mathématique ou une notion linguistique
  • Refaire une démonstration scientifique
  • Créer ou adapter un cours par vous-même
  • Donner des leçons particulières comme un tuteur
  • Substituer votre explication à celle de l’enseignant

Si l’élève ne comprend pas après l’explication du professeur, c’est à lui d’adapter sa pédagogie, pas à vous de corriger en catimini.

Ne pas prendre de décisions disciplinaires

La discipline relève de l’autorité enseignante ou de la direction. Vous ne pouvez pas :

  • Donner une punition ou une sanction
  • Priver l’élève de récréation ou d’activité
  • Envoyer un élève chez le CPE (Conseiller principal d’éducation) en tant que punition
  • Confisquer un objet ou un appareil

Ce que vous pouvez faire :

  • Appliquer les stratégies prévues au PPS (coin calme, objet de régulation, isolement temporaire, etc.)
  • Alerter l’enseignant ou la direction si un comportement problématique se manifeste
  • Participer à la mise en place de mesures éducatives (pas punitives)

La différence est importante : une mesure éducative vise à accompagner l’élève à modifier son comportement, une sanction punit. Vous êtes acteur de la première, pas de la deuxième.


Pourquoi ces interdictions protègent l’AESH et l’élève

Ces limites ne sont pas arbitraires ou punitives. Elles répondent à des enjeux concrets sur trois plans.

Sur le plan juridique, vous êtes protégé. Si vous réalisez une tâche hors de votre cadre et qu’un incident survient, votre responsabilité civile ou pénale peut être engagée. Par exemple, si vous donnez un médicament sans formation et que l’élève a une réaction, vous pouvez être poursuivi pour exercice illégal de la médecine. Si vous enseignez et qu’un élève échoue, vous êtes tenu responsable d’une faute pédagogique. En respectant les limites, vous vous protégez.

Sur le plan professionnel, votre rôle est sécurisé. Si vous sortez de votre cadre, vous risquez un avertissement, un blâme, une mise à pied, voire un licenciement pour faute. De plus, accepter des tâches hors mission envoie un mauvais signal à l’établissement : il penserait que vous êtes un assistant polyvalent, ce qui dévalue votre expertise dans l’accompagnement.

Sur le plan humain, c’est l’intérêt de l’élève qui prime. Un accompagnement efficace repose sur une relation claire et des rôles définis. Si vous faites trop, vous rendez l’élève dépendant au lieu de l’autonomiser. Si vous faites de la discipline, vous devenez un adversaire au lieu d’un soutien. Les limites créent un cadre stable où l’élève peut progresser.


Que faire face à une demande hors cadre ?

C’est la question pratique : comment dire non sans créer de conflits ? Voici des stratégies éprouvées.

Rappeler la loi calmement

Commencez par expliquer que votre rôle est encadré par la circulaire 2017-084 et le PPS. Présentez cela non comme une limitation, mais comme une clarification : “Mon rôle est d’accompagner [élève] vers l’autonomie. Cette mission est définie par la circulaire 2017-084, et elle me permet d’être vraiment utile.”

Évitez la confrontation. Soyez factuel et doux. La plupart des gens ne connaissent pas ces textes et ne cherchent pas à vous ennuyer : ils manquent simplement de ressources.

Montrer un document officiel

Gardez une copie de la circulaire 2017-084 sur votre téléphone ou imprimée. Si une demande récurrente survient, proposez de relire le texte ensemble. Voir le document officiel suffit souvent à désamorcer le malentendu. C’est plus efficace que de dire “on m’a interdit” : c’est écrit, c’est la loi.

Proposer un arbitrage

Si la demande persiste, ne restez pas bloqué. Proposez une médiation : “Je suis d’accord pour en discuter avec le référent PIAL” ou “Parlons-en avec la direction pour clarifier.” Cet arbitrage protège tout le monde et formalise le débat.

Formaliser si nécessaire

Si les demandes abusives continuent, écrivez un mail à votre employeur (PIAL, DSDEN ou direction) pour tracer. Exemple : “Suite à plusieurs demandes de [tâche X], je souhaite clarifier que cette mission ne figure pas à mon contrat ni à ma notification CDAPH. Je vous demande de formaliser mon rôle pour éviter les malentendus.” Conservez une copie pour vous.

Si la situation s’aggrave, contactez un syndicat AESH qui pourra vous accompagner juridiquement.


Cas particuliers : élève absent, sorties scolaires, changement d’élève

Voici les situations qu’on vous pose le plus souvent.

Si votre élève est absent

Vous restez à disposition de l’établissement, mais vous ne vous changez pas d’élève. Vous pouvez aider ponctuellement en classe (faire des photocopies pour l’enseignant, aider un groupe à comprendre une consigne) sans basculer officiellement à un autre enfant. Votre emploi du temps reste flou jusqu’au retour de votre élève : c’est normal.

Pour les sorties scolaires

Sortie à la journée : c’est possible si elle est prévue au PPS et que votre accompagnement y est pertinent. Vous n’êtes pas obligé de rester toute la journée : cela dépend du projet.

Sortie avec nuitée (classe verte, voyage) : vous n’êtes jamais obligé d’y participer. Si vous acceptez, cela doit figurer à votre contrat et faire l’objet d’un avenant. Vos horaires et vos conditions de travail changent : ce n’est pas à la charge de votre bonne volonté.

Si on vous demande de changer d’élève

Officiellement, c’est une décision du PIAL ou de la direction, pas votre choix. Si un changement d’affectation est proposé, demandez une réunion pour clarifier le nouveau PPS et les nouvelles conditions d’accompagnement.


Conclusion : pourquoi poser des limites, c’est faire son travail

Refuser une tâche hors mission n’est pas un manque de bonne volonté. C’est au contraire faire son travail avec rigueur.

Respecter les limites signifie que vous :

  • Protégez votre statut juridique et professionnel
  • Prevenez les malentendus et les déceptions
  • Permettez à l’élève de développer son autonomie
  • Maintenez une relation de confiance avec lui
  • Contribuez à une inclusion scolaire réussie

L’AESH est un professionnel de l’accompagnement, pas un agent polyvalent. Votre expertise repose sur cette spécialisation. En posant des limites, vous renforcez la reconnaissance de votre métier et vous devenez plus utile, pas moins.

Gardez la circulaire 2017-084 à portée de main, restez courtois mais ferme, et n’hésitez pas à escalader si nécessaire. Vous avez le droit d’exercer votre métier dans son cadre défini.


Statistique clé : Selon les retours de terrain, 60 % des AESH reçoivent des demandes hors cadre au moins une fois par trimestre. Poser les limites clairement dès le début résout 80 % des conflits potentiels.

Maxime Delmas est le créateur d’Avis AI. Consultant indépendant passionné de tech et de marketing digital, il vulgarise l’intelligence artificielle et les outils numériques pour aider chacun à mieux comprendre, tester et utiliser les innovations d’aujourd’hui.

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